ACTUEL
Novapress
n°17 Le guide de l’underground en France
fev 1972
3Fr

page 12, 13, 14 15

(scanné et retranscrit par Baldo)

LES ANCIENS COMBATTANTS
Legende de la photo :
Pierre Clementi en prison à Rome depuis six mois sans avoir été jugé pour, dit-on, détention de stupéfiants. Personne ne le défend, vous pouvez faire quelque chose en écrivant à son sujet à M. l’ambassadeur, Ambassade d’Italie, 47 rue de Varennes, Paris-7°. Les prisons italiennes sont pires que les françaises...

Scanné et retranscrit comme il a pu par Baldo

par ‪Jean-Patrick Capdevielle‬
Illustration, B Baltimore

 

Avant 1968, l’underground avait des moyens : vivant presque exclusivement la nuit, on dînait à La Coupole, pour finir chez CasteL Quelques nostalgiques des années folles, bâtards de Tzara et de la rue de la Pompe, psalmodiaient pour, eux-mêmes de vieilles révoltes devant les vitrines du Drugstore des Champs-Elysées : une petite élite, loin de vivre en marge, cherchait avec application à mettre ses pas dans ceux de Breton, traquant le souvenir du Grand Jeu sur le zinc du café Rouquet.

Dans ce magma sans fusion, quelques personnalités surnagent avec plus ou moins de bonheur : Kalfon, Lebel, CIementi, Bailly. Les happenings de Lebel sont peut-être tombés bruyamment à côté, ou trop tôt, il reste que 'l'homme fut seul en France à comprendre la signification de l'avànt-garde américaine, qu'il avait l'immense avantage de connaître.

C'est parmi eux que l'acide alIait trouver en France ses premiers zélateurs et les attitudes de la beat generation ses premiers prosélytes. Le dandysme vestimentaire fera rapidement place au dandysme intellectuel. Pour eux, le phénomène actuel n'est que la suite de leurs expériences.
« Nous sommes récupérés et heureux de l'être », déclarent Bailly et Guimard lorsqu'ils aident de leurs projections Dalida à passer le petit écran. «Les nouveaux venus de 1968 n’ont , pas apporté d'idées nouvelles mais leur nombre », affirme Kalfon, qui semble regretter le temps où « les couches populaires n'avaient pas accès à l’underground »...

Voici l’histoire un peu molle de ceux dont le plus grand mérite est d'avoir essayé de commencer quelque chose qui leur a échappé, heureusement. Rue de la Huchette, on vit sur le trottoir. De temps en temps, on prend la route pour la Belgique ou la Côte d' Azur. « On ne se parlait pas, dit Jean Pierre Kalfon, on avait la certitude de ne pas pouvoir entrer dans la vie telle qu'èlle était vécue par la majorité des gens. On buvait beaucoup. Quand on avait un peu d’argent, on achetait du H... ,on en trouvait, déjà depuis longtemps au Quartier Latin... 'J'étais parti de chez moi à 15 ans, et je ne pensais vraiment qu'à m'échapper. »

La vie est beaucoup moins dure · pour la progéniture bourgeoise qui flâne sur les Champs-Elysées : leur approche du H. sera très différente. Pour Jean Claude BaiIly, le goût des expériences de ce type leur venait des jeux surréalistes.
Un jour, ils entendent parler de l'acide. « Bien sûr, confie Bailly, nous avions découvert en lisant Breton sa
polémique avec Le grand jeu, entendu donc parler des hallucinogènes », mais c'est en septembre 1965 qu'ils peuvent se livrer à leurs premières expériences que la loi veut bien encore ignorer. Cette date marque un tournant décisif dans leurs attitudes.

Au lendemain de leurs premiers voyages, ils se ruent sur Michaux, sur Huxley, sur tout ce que l'on écrit de l’expérience hallucinogène. Un peu plus tard, ils découvrent Leary et quittent à cette époque les ChampsElysées pour Saint-Germain-des-Prés, Bailly : « Toute notre vie tournait au tour de l'acide. Nous avions découvert là un extraordinaire moyen de connaissance de soi-même. Nous voulions que. tout le monde y participe, et nous avons décidé de prendre le nom de Mandala.» Pendant ce temps, des changements sont aussi intervenus dans la vie de Kalfon et de ses amis : « J'ai rencontré des gens qui m'ont branché sur le théâtre et sur la danse, mais ça ne pouvait pas marcher, alors j'ai commencé à monter des pièces avec des amis sans rien connaître au théâtre... »


Le groupe Mandala, lui, part en vacances à Deya, dans l'île de Majorque - lieu privilégié du psychédélisme européen. Ils y rencontrent Robert Graves et Mati-Mathias Klarweinm : la peinture de Mati les influencera considérablement. Bailly : « Le psychédélisme doit beaucoup au surréalisme, et à des ferments extérieurs, comme l'acide, mais ce n'est pas une sous-période. »

 

Tout ceux qui ont participé au mouvement à Paris depuis ses débuts ne sont pas de cet avis. Olivier Mosse par exemple : «Je n'approuve pas tout le travail de cette époque: Mati, Didier Léon, Frédéric Pardo faisaient, à mon sens, une peinture Qui n'avait aucune valeur historique.» Quoiqu'il en soit, le mode d'expression qui leur semblera à tous s'imposer ne sera pas la peinture mais !e happening. Ce n’est pas une nouveauté : les premiers, autour de John Cage, ont eu lieu en Amérique plus de dix ans auparavant.

Kaprow est déjà venu de New York pour en réaliser un au Bon Marché, Jean-Jacques Lebel et le peintre-sculpteur-cinéaste Daniel Pommereules en ont organisé un deuxième dans les saIons de la Tour d'Argent, puis une série au centre culturel américain. Jean-Pierre Guimard : « Nous avons rencontré Lebel. Le festival de la .Iibre expression, qui fit suite à cette rencontre, fut très important pour nous. » Ils fricotent avec André Breton, qui ne voit pourtant là qu'un néo-dadaïsme de collégiens. « C'était même une régression par rapport à Dada. L'humour avait fait place à une sorte de sacralisation », avoue Bailly, On se presse néanmoins rue Fontaine, et Paris-Match consacre plusieurs pages à Jean-Jacques Lebel. La presse découvre le happening, et en fait une mode. Marc’O l’introduit jusque dans Les idoles, cette pièce curieusement ficelée qui fait recette rue Saint-Benoit. La distribution réunissait Pierre Clementi, Jean-Pierre Kalfon, BuIle Ogier et Didier Léon mais l'événement devait rester Imité. La grande audace était de faire circuler à l'entracte un litre de vin rouge tiède alors que sur le ring les acteurs s'en prenaient à des spectateurs figés. Undergroud, sans doute, les méthodes employées pour monter la pièce : cinq mois de répétitions dans l’incertitude.À Mandala, on poursuit l’expérimentation du LSD. Sous l’influence d'amis Américains ou Anglais, les voyages s’organisent et s'orientent. vers un étrange exotisme : tentures indiennes, bâtonnet d' encens, statuettes de Cakya-Mouni s’accumulent. Le décor est en place pour la grande plongée dans l’ésotérisme. Ils rencontrent Michel Asso qui leur fait découvrir J'ohn Cage, les manifestations du groupe FIuxus, Terry Riley et les peintres de l’ecole de Nice. Etienne O'Leary, qui faisait de l’underground sans Ie savoir, leur parle de ce Warhol dont il est le prédécesseur avoué.
Un fait important pour les amis de Bally : l’annonce de la formation d’une « League for Spiritual Discovery ». Madala entre aussitôt en relations épistolaires avec Leary, « Oracle », « Inner Space », et les groupes « Images » de Londres et de New York. Jean-Pierre Kalfon lui, loue un appartement qu’ii ouvre à qui veut y venir : « Après cet appartement, j’ai eu deux maisons : une près du parc Montsouris et, plus tard, une autre rue du Dragon. Des milliers de personnes y sont passées ; on y venait pour trainer, pour écouter de la musique ou pour en faire.

Des groupes se formaient, d’autres éclataient. A la base de tout cela, il n’y avait rien qu’une zone libre, ouverte à l’expérimentation des gens, surtout dans leurs rapports entre eux. »
Les groupes se forment, qui autour de Kalfon et Clementi, qui autour des « cinéastes », Garrel, Serge Bard, Sylvina Boissonas. La musique arabe, ou orientale, aide à flotter dans un air pour le moins enfumé. On manifeste gentiment, et dans l'indifférence générale, pour la légalisation de la marijuana quand on ne balaye pas les trottoirs des Champs-Elysées, geste qui passe totalement inaperçu si ce n'est de leurs auteurs. Roger Heim du muséum d'histoire naturelle, les accueille, Alexandre Rouillé (propriétaire de la librairie Véga, boulevard Saint-Germain) les aide à pousser plus loin leur étude comparée des hallucinogènes et des religions. Les soirées chez Etienne O’Leary, où ils rencontrent Taylor Mead, acteur favori de Warhol, marquent ceux qui (de Clementi à Garrel) font des films. Tout va donc très bien dans l’underground parisien mais un psychiatre avide de publicité va jeter un gros caillou dans ce petit lac.
Pierre Bensoussan a suivi aux Etats-Unis les débuts du mouvement psychédélique. En revenant en France, il fait publier dans Le Monde, par le docteur Escoffier-Lambiotte, une série d'articles sur « le problème alarmant des hallucinogènes en France » . Problème alarmant, en effet, si l'on sait qu’une vaingtaine de personnes prenaient de l'acide à Paris à ce moment là et au moins le double, dans toute ta france, . Le premier résultat de ces articles fut de déclencher une campagne de presse en règle, avec tout ce que cela implique d’incompréhension et d'inexactitude ; le second de faire au LSD une publicité énorme ; le troisième de le faire inscrire au tableau B (et donc de l’interdire).
Pour une fois depuis longtemps, la France innovait assimilant hardiment hallucinogène et stupéfiant, elle était le premier pays au monde à pratiquer la prohibition de ce produit. Un journal, Le Crapouillot, se signalant par la bêtise et le manque d’information et l’acharnement, sort un numéro anti-LSD.

 

 

 

Le groupe Mandala décide de lui " répondre. Cette envie de riposte, jointe à un profond désir de faire connaître le travail poétique et pictural du groupe, trouva sa formulation dans un petit livre plus haut que large à la couverture argentée : « Mandala, dossier LSD ».

Dans le texte de présentation, on parle de « défense des droits de ' l’imagination », de «culture parallèle »', C'est le début, de l’été 1966. Ce premier numéro connaît un énorme succès. Dans sa conception, pourtant il n'a rien de très nouveau: exactement construit comme une revue, surréaliste, c’est un recueil de texte et d’illustrations juxtaposés à une enquête sur l’interdiction du LSD. Mais, dans le tollé général des media contre I’acide, il est le seul à prendre la défense. de ce produit.«La première fois que ceux qui l’ont rédigé, d'intellectuels curieux, deviennent, du jour au lendemain, des voyous drogués. Leur démarche, par la force des choses, devient plus secrète, alors que les liens de Mandala avec le psychédélisme américain en seront raffermis. La venue à Paris de Jean-Pierre Merle, à)ancien compagnon de Tim Leary à Millbrook, renforce l'intérêt pour l'Hindouisme. Pendant que Jean-Jacques Lebel, au contact des situationnistes, s’intéresse de plus en plus à la théorie et à l'action politique, les départs pour l'Asie se multiplient autour de Mandala et dans les autres groupes de l'underground parisien.
«C'est la période de découverte des autres modes de pensée, au Maroc en Inde. Grâce à l'acide s'est répandu le mythe d'une prise de conscience collective. Tout le monde y a cru. Aujourd’hui je n’y crois plus, mais, à l'époque, j'ai eu l'impression de franchir certaines portes.» (J.-P. Kalfon) .
Un nouveau mouvement naît à ce moment autour de San Francisco et va secouer le mouvement français terrassé par la parano de la répression , Il va lui fournir, à défaut de nouvelles idées; de nouvelles « troupes » . ous avons entendu parler du mouvement hippy, c'était dans un article da Rock and Folk. Nous nous sommes aussitôt acheté des chemises indiennes et nous nous sommes mis des fleurs dans les , cheveux.» (J.-C. Bailly). « Jean-Pierre Kalfon avait des moustaches
teintes en vert et portait une veste avec le portrait de Kennedy dans le dos ça n’allait pas très loin, bien sûr, mais c'était un geste inacceptable pour la majorité des gens» (Olivier Mosset).L'année 1967 est marquée par deux événements importants, à mi-chemin entre la récupération et l'opprobre générale. Le premier, un spectacle organisé par J.-J. Lebel, sous un chapiteau aux portes de Saint-Tropez dont le thème est une pièce de Picasso « Le désir attrapé par la queue ». Le rôle principal est tenu par la stripteaseuse " Rita Renoir et la partie musicale assurée par le Soft Machine.

Cela se passe pendant les mois d'été. Du désir de prolonger cette aventure à Paris naît La Fenêtre Rose, une grande fête musicale et psychédélique organisée au Palais des Sports de Paris et qui connaît un très gros succès. La preuve est faite : les précurseurs du mouvement ne sont plus seuIs. Est-ce parce qu’i!s constatent que leurs attitudes sont reprisés par une foule de nouveaux venus qu’ils éprouvent le besoin de quitter un pays passé de l’innovation au plagiat des nouveaux mouvements ameriquains ?

Toujours est-iI que les départs vers l’Orient, l’Afrique ou les U.S.A. sont légions. Ceux qui restent accueillent à Paris les comédiens du Living Theatre. J.-P. Kalfon : « Ils habitaient chez moi, et pendant leur séjour, firent découvrir à des tas de gens où en était le mouvement. »
Et mai 1968 arrive. «Je ne me suis rendu compte de rien, explique Bailly je vivais entre Paris et Deya, rassemblant des textes qui n'avaient pu paraître dans le premier numéro de Mandala .. , » C'est vrai, tous ces mondains étaient d'un seul coup enterrés par un déferlement qui ne leur devait rien, allant bien au-delà de leurs petits rêves à festons. Un seul comprend la nécessité de sa présence, Jean-Jacques Lebel, qui trouve là le plus bel happening de sa vie, mené à son insu par Cohn-Bendit, la J.C.R. et les situs. Lebel non plus n'est pas capable de trouver le ton. Il a de la gueule mais cela ne le sauve pas pour autant. Il vend son Pavé à la sortie de la Sorbonne, participe à la prise de l'Odéon, un peu dépassé. Surenchère: il vire à l'ultra-politique. Il en est revenu et vit en communauté en Normandie. Les autres continuent de planer, c'est leur façon à eux de n'avoir rien à dire, même s'ils avaient avant beaucoup d'autres, moins inforrnés pu moins bruyants (!), perçus un frisson là où la cassure s'annonçait Ils laissent la politique au vulgaire et la suite des événements, en ce qui les concerne, n'est faite que de scissions, d'anathèmes, de récupérations réussies ou non. Mandala regagne Paris, tout le monde se revoit, discute. On évoque le bon vieux temps et on repart chacun de son côté. Le deuxième volume de Mandala passe complètement inaperçu, mais on ramène des Indes un titre de lama et de professeur de yoga. Toujours ça de pris.




 

Les cinéastes, pour leur part, se lancent dans l'odyssée africaine coûteuse et débile. Objectif : Zanzibar. On s'arrête à Marrakech. Daniel Pommereules compte tourner le film du voyage. Sylvina Boissonas, Didier Léon, Serge Bard, Barney Wilen, Laure de Saint Phalle, Pommereules et quel-ques autres s'entassent dans quatre "Land Rovers. Mais le groupe éclate.
Le film, malgré tout, est tourné un moyen métrage très lent que l'on nomme Vite. Les uns restent neuf mois en Afrique, d'autres plus longtemps. L'un d'eux se convertit à l'Islam, et n'en est pas encore revenu. Un seul beau remous dans ces histoires
de famille : le projet Open. Imaginé et financé par Christian Cannone, Open doit être un point de jaillissement de la contre-culture. La première manifestation en est assez réussie et presque rentable : il s'agit d'une série de concerts organisés aux Halles à la fin de 1969.

A cette occasion, huit membres du groupe Mandala, influencés par le spectacle de Marc Boyle, l'inventeur du light show aux côtés de Soft Machine, forment le premier light show français. Malheureusement, la suite est moins brillante. L'Open Circus (un grand chapiteau aux portes de Paris) est un projet trop ambitieux et mal géré, quant à l'Open One, il ne réussit pas à être autre chose qu'une boîte dans le coup pendant quelques semaines. Et ensuite, plus rien. Un festival de Light Show au musée d'Art Moderne, des projections feutrées à la Cinémathèque, un séjour prolongé de Warhol. Le néant assumé. Mosset résume assez bien la situation de l'underground doré «Les filles changeaient de mecs, les mecs changeaient de filles. On formait une sorte de grande famille liée par le cul. » Et Kalfon fort sympathique au demeurant dit « L’underground, ça n’existe pas ; il y a simplement des gens qui font avec amour ce que d'autres font avec beaucoup d’argent. » Une telle erreur de jugement est tragique pour un « pseudo-prophète".

Derrière Kalfon, on se bouscule au portillon de l'underground mythique : après Mandala qui avait l’avantage d(avoir une matière à développer, voici La Manifeste Electrique, qui explore les grands dédales du rien. et non sans talent. Mais il y a t-il encore, dans le domaine de la culture des mots, quelque chose à inventer ? Quand il s’agit d’inventer, ou de croire, il est toujours nécessaire, disent-ils de refaire mourir des centaines de morts, Michel Bulteau, Matthieu Messagier, Gilles Mezières, Zéno Bianu et tous les autres ont commis mentalement un certain nombre d’assassinats sans pour autant supprimer les expériences et les techniques de ceux qu’ils rejettent. Bulteau et ses amis se sont donnés pour tâche de faire éclater le langage. La grande révélation ne viendra sûrement pas dans ce domaine de l’obscurantisme déclaré. Ils se veulent coupé du monde. Cela suffit-il ? Tous ces gens ont sans nul doute senti le mouvement mais,fermés dans leurs têtes gonflées, souvent plein de mépris pour les autres - ceux qui n’ont pas été touché par la grâce - ils se contentent du vase-clos.

L’univers étouffé des cafés à la mode où l’on se croise les satisfait pleinement. Ils oublient un peu vite que personne ne viendra plus à eux, ébloui par leur sagesse triste. Ils refusent définitivement de se donner la peine d’être entendus. Les incompris se noient dans leur bière, le soir, a la Coupole, rêvant d’une auréole dont la pâle lueur s'efface vers mi-nuit sous le feu des néons. Kerouac vivait peut-être chez sa maman, mais il mettait le nez dehors. Ginsberg se perd en conférences, il lit ses poëmes en public, devant des gens de chair et d'os, Et les gens de chair et d’os l’entendent et le comprennent. Citer Ginsberg, ce n’est pas reprendre son travail à son compte, le derrière vissé.
Non, rien n’a vraiment changé au petit matin blême de Montparnasse : la frêle élite parisienne s’agite en essayant de garder le contact avec les masses de la contre-culture sans les exprimer. De légers personnages se poussent du col et se risquent à surfer sur des vagues plus grandes qu’eux. Zapita, auteur toujours sans renom, pour n’en citer qu’un, rentre le soir au logis familial et se taille désespérément la moustache comme Zappa, sans arriver à fourguer ses lourdes exégèses d’autodidacte essoufflé.
L’underground à besoin de personnages généreux, flamboyants, énormes et dérisoires et ricanants, qui résument dans l’instant les amères ou joyeuses certitudes de tous. Sylvina Boissonas hier, Henri-Jean Enu par-fois font quelques étincelles. Il faut savoir trouver les braises quand le feu couve sous la cendre bourgeoise. Le très épisodique Parapluie de cet Enu là véhicule en un invraisemblable bric-à-brac la plupart des courants de l’underground. il traîne à la Bulle d’un air désabusé pour assurer les destinées de sa musique, entretenant qui veut l’entendre de mille et un projets morts-nés. Non Paris n’a pas encore eu ses Diggers, ses Abbie Hoffman, ses grandes envolées utopiques.

‪Jean-Patrick Capdevielle‬